ADOPTER DES TECHNIQUES POUR FACILITER L’EXPRESSION DES ÉMOTIONS ET LA COMPRÉHENSION DES BESOINS (ARTICLE 8/10)

21 décembre 2017, Linda Bérubé

ADOPTER DES TECHNIQUES POUR FACILITER L’EXPRESSION DES ÉMOTIONS ET LA COMPRÉHENSION DES BESOINS (ARTICLE 8/10)

La rupture du couple avec les multiples pertes et les inconnus qu’elle engendre est source d’émotions intenses. La médiation est donc fortement empreinte de ces émotions. Le médiateur, étant plus distancié, doit aider les personnes à gérer leurs émotions de manière à revenir à la raison et ainsi permettre la négociation « raisonnée ». En fonction des situations qui se présentent, il pourra choisir d’intervenir à minima ou à maxima (Lambert, Bérubé, p. 296).  Il verra à graduer ses interventions de la manière suivante :



Se limiter à prendre conscience des émotions qu’il observe chez les participants.

 Monsieur a les bras croisés, évite de regarder Madame et secoue la jambe. Le médiateur observe que Monsieur semble irrité et impatient. Cette attention à l’expression non verbale des  sentiments de la personne permet au médiateur d’être vraiment à l’écoute de toutes les dimensions de son discours et d’être prêt à intervenir si les émotions se débrident.



Nommer l’émotion.

Le médiateur peut faire un pas de plus. « Ce que vient de dire Marie-Andrée  semble vous irriter». Le fait d’identifier l’émotion et de la nommer, permet à la personne de se sentir comprise et lui donne l’occasion de parler de ce que provoque ce sentiment si elle le désire.



Nommer et demander à la personne d’en parler plus longuement pour comprendre les besoins insatisfaits qui sont exprimés par cette émotion.

« Vous semblez irrité, pouvez-vous nous indiquer ce qui vous dérange dans ce que vient de dire Maire-Andrée? » Cette intervention se fera surtout si les discussions piétinent et que le médiateur a besoin que la personne parle plus en détails de ses besoins profonds.



Les émotions sont des indicateurs de besoins : la colère exprime un besoin de changement face à une situation inacceptable, la peur dénote un besoin d’être rassuré alors que la tristesse suggère un besoin de réconfort. Le médiateur cherchera donc à travers les émotions qui s’expriment, le fil conducteur vers l’identification des besoins.



Le processus de négociation raisonnée, comme son nom l’indique, est fondé sur le raisonnement. Or, la personne qui est submergée par ses émotions, n’est pas accessible à la raison. Une attention doit donc être portée aux émotions non à des fins thérapeutiques, mais pour ramener la discussion à la raison tout en offrant un accueil empathique aux personnes. Le médiateur doit atteindre un juste équilibre : identifier, reconnaître et porter attention aux  émotions sans toutefois s’y  perdre et ainsi perdre le contrôle du processus.



Tout geste communicationnel devrait se penser et se poser dans la conscience que l’autre ne vit pas dans le même monde que nous. Le médiateur doit donc être très sensible aux perceptions des personnes. Tout au long de la médiation, les perceptions doivent être partagées, corrigées, complétées pour parvenir à développer une vision commune du problème, préalable à la découverte de solutions mutuellement satisfaisantes.



Le conjoint qui amorce une médiation prépare sa version de la situation avant d’arriver devant le médiateur. Chacun possède donc son histoire du problème qui comporte la narration d’événements spécifiques dans lesquels le narrateur bon et innocent se  plaint de l’autre. Chaque personne définit le problème d’une manière qui requiert le changement de l’autre comme solution.



Nous nous créons un problème comme médiateur, si nous acceptons la définition de l’une ou l’autre des personnes. Pour rendre la médiation possible, il est important que le médiateur s’assure que la définition du problème conjugue les points des personnes et s’inscrive dans une histoire commune, afin de s’assurer que chacun trouvera satisfaction dans l’entente. Comment faire cela? (lisez la suite la semaine prochaine)


 Linda Bérubé,

Travailleuse sociale, médiatrice, expert Meso.