ADOPTER DES TECHNIQUES QUI NEUTRALISENT LES OBSTACLES À L'ÉTABLISSEMENT D'UNE VISION COMMUNE (ARTICLE 5/10)

30 novembre 2017, Linda Bérubé

ADOPTER DES TECHNIQUES QUI NEUTRALISENT LES OBSTACLES À L'ÉTABLISSEMENT D'UNE VISION COMMUNE (ARTICLE 5/10)

La négociation raisonnée (Fisher, Ury, 1981), comme nous venons de le décrire, procure un cadre stratégique qui favorise la négociation entre les personnes. Cependant, beaucoup d’obstacles se dressent sur le parcours qui mène à la solution mutuellement acceptée.



Le médiateur, en plus d’être garant de la démarche, doit intervenir de manière à faire progresser les parties vers une solution ou à éviter que le conflit ne dégénère. Pour avancer, la médiation doit offrir un bon climat relationnel et se centrer sur la tâche de trouver des accords aux questions de départ.



 L’intervention, à l’intérieur de ce processus, ne doit pas être laissée à la seule intuition du médiateur. Pour développer une pratique professionnelle, le médiateur doit être en mesure de choisir et de répéter, au besoin, l’intervention appropriée qui le conduira au résultat souhaité. Georges A. Legault a développé un modèle pour comprendre la logique du sens de l’action et développer une pratique réflexive. Il énumère une série d’observations à faire sur sa pratique : « Acte posé (ce que je fais); Intervention et approches (ce que je dis à l’autre sur mon geste; Objectif (ce vers quoi je tends); Sources de la pratique (idéal et valeurs que j’actualise dans la pratique » (Legault, 2001, p. 102). Le médiateur familial devrait agir dans la conscience de ses interventions, de ses objectifs et du sens de son action.



Considérant le double objectif visé en médiation familiale de  conclure des accords mutuellement satisfaisants sur les questions associées à la séparation du couple et de préserver la relation entre les personnes en tant que parents, le sens de l’action du médiateur se traduira par des stratégies et techniques qui viseront d’une part les enjeux de la séparation (partage des biens, responsabilités parentales, partage des responsabilités financières des enfants, etc.) et d’autre part le maintien d’une relation fonctionnelle entre les parents.



Chez les personnes qui se présentent en médiation, nous retrouvons deux tendances omniprésentes : le désir de s’affronter et le désir de s’entendre (Wildau, 1987). Il ne faut jamais oublier que ces désirs contradictoires sont toujours présents chez les personnes, bien qu’il y en ait toujours un qui prédomine. Ainsi, au début de la médiation, les personnes sont généralement animées du désir de s’entendre. Après un certain temps de travail où le médiateur utilise des tactiques de résolution de problème axées sur la tâche, le désir de s’affronter se pointe dans la discussion et oblige le médiateur à adopter une autre gamme de tactiques axées sur les émotions et la relation. La figure 1 illustre le cycle antagonisme-collaboration.




Le médiateur familial, il va sans dire, en plus de connaître les questions pratiques entourant le partage des biens, la fixation de la pension alimentaire, etc, doit posséder une connaissance du fonctionnement humain. Devant la complexité des enjeux psychosociaux, conscient du piège de ne pas verser dans la psychothérapie, comment le médiateur peut-il intervenir au niveau relationnel? Roger Fischer et William Ury (Fisher, Ury, 1981) suggèrent de concentrer l’intervention sur trois dimensions qui peuvent nuire aux négociations :

·       L’absence de communication ou encore la mauvaise communication.

·       La présence d’émotions intenses, mal ou non identifiées et non reconnues par l’autre.

·       Les  fausses perceptions ou les perceptions incomplètes.

 


Donc, tout travaillant sur la tâche de recherche d’accords sur des enjeux précis, le médiateur doit porter attention au climat et à l’aspect relationnel et intervenir aux niveaux de la communication, des perceptions et des émotions.


 Linda Bérubé,

Travailleuse sociale, médiatrice, expert Meso.