De l'importance d'entretenir un esprit pionnier.

2 novembre 2016, Linda Bérubé

De l'importance d'entretenir un esprit pionnier.

Avez-vous déjà pensé à ce qu'était la médiation familiale avant la mise en place des législations qui influencent notre pratique aujourd'hui? Pensons à la Loi sur le Patrimoine familial, à la Loi instituant la médiation en matière familiale, au modèle québécois de fixation des pensions alimentaires, au programme de perception des pensions alimentaires. Ces encadrements juridiques et techniques qui structurent notre intervention, nous ont-ils fait perdre en créativité et en profondeur? Dans cette chronique je vous raconte une tranche de vie et je tente une réponse à cette question.


Un matin d'avril 2012, j'étais sur la Piazza San Marco avec mes amies Annie Babu, Costanza Marzotto et Lisa Parkinson. Pionnières de la médiation familiale au Québec, en France, en Italie et en Angleterre, nous avons été formatrices entre 1990 et 2004 au sein de l’Institut européen de médiation familiale à Paris. Nous avions convenu de nous retrouver à Venise pour une rencontre amicale entre "grand-mères" de la médiation. Toutes les quatre travailleuses sociales, nous avons constaté, dans les années '80, la détresse des enfants lors de la séparation de leurs parents et nous étions à la recherche de façons de faire pour minimiser les impacts de la rupture sur ces jeunes et leurs parents. Fortes de notre seule détermination, nous avons commencé à imaginer et à bricoler des approches pour faire face aux nouvelles réalités des familles en transition.


Ce matin-là, en savourant notre expresso, nous avons parlé de ce qui avait été, pour chacune de nous, l’étincelle qui avait déclenché son intérêt pour la médiation. Pour que la médiation familiale devienne réalité, il aura fallu, disions-nous, observer les difficultés des familles qui vivaient la séparation, ressentir notre impuissance à les aider, imaginer des façons différentes de faire, convaincre les avocats et les juges de réfléchir avec nous, se battre pour faire notre place, développer notre pratique, l'enseigner et la faire connaître au grand public. Peu encadrées, nous avons défriché notre route avec beaucoup d'essais et d'erreurs. Avec le temps, nous avons structuré nos expériences et écrit des ouvrages , mais nous n'avons jamais oublié cette époque ou l'on confondait le mot médiation avec le mot méditation.


Aujourd'hui, que nous soyons médiateurs débutants ou séniors, si nous ne voulons pas devenir des techniciens qui appliquent des formules, nous devons continuer d'apprendre et de développer les façons de faire qui correspondent à notre époque. Je souhaite que MESO puisse entretenir, dans la communauté des médiateurs, cet esprit pionnier qui encourage la curiosité, l'exploration des meilleures pratiques et des nouveaux secteurs d'activités où la médiation pourrait être utile. Dans un monde ou tout bouge très vite, de nouveaux défis nous attendent si nous savons garder l'oeil ouvert.


-1. Babu, A, Bonnoure-Aufières, Guide de la médiation familiale, étape par étape, Édition érès, 3e Éd. 2016.

- Bérubé, L., Rompre sans tout casser, Editions de l'Homme, 2001. Version électronique

- Lambert, D., Bérubé, L., La médiation familiale étape par étape, Lexis-Nexis, 3e éd. 2016.

- Parkinson, Lisa, Family Mediation, Family Law, 3rd éd., 2015.