DÉVELOPPER UNE GAMME D’OPTIONS QUI CORRESPONDENT AUX BESOINS PRINCIPAUX ET AUX OBJECTIFS COMMUNS (ARTICLE 4/10)

24 novembre 2017, Linda Bérubé

DÉVELOPPER UNE GAMME D’OPTIONS QUI CORRESPONDENT AUX BESOINS PRINCIPAUX ET AUX OBJECTIFS COMMUNS (ARTICLE 4/10)

Une fois les besoins communs identifiés de façon satisfaisante, il est important d’aider les parties à développer plusieurs possibilités de solution par la technique du remue-méninges. Trop souvent, les personnes croient qu’elles n’ont pas de choix. Cette étape des options leur fait prendre conscience de la variété des possibilités qui s’offrent et leur permet souvent de construire ensemble la solution la mieux adaptée à leur vision commune. Cet exercice dans l’imaginaire vise à susciter leur créativité; il aidera les parents à se détacher de leurs positions initiales et à inclure des idées originales dans leur recherche de solutions.



Il est essentiel pendant l’étape de développement des options de ne pas accepter que soient critiquées les idées mises sur la table et de ne pas continuer à discuter uniquement des positions initiales. Le médiateur devra interrompre toute critique des options mises de l’avant et encourager les parties à exprimer les hypothèses les plus diversifiées, conscient que cette discussion dépolarise le débat et contribue à enligner les discussions sur des idées nouvelles.


L’intérêt de cette phase est de laisser libre cours aux fantaisies. Comme nous sommes dans l’imaginaire et que les idées qui se brassent ne sont que des idées, il est permis de rêver et de penser à des solutions qui ne sont pas toujours à première vue raisonnables ou qu’on hésiterait à introduire dans un cadre plus formel. Même le médiateur peut introduire des options et donner le ton en introduisant, par exemple, des options farfelues du genre, on place Julie chez sa marraine tante Jeanne et vous l’accueillez les fins de semaine à tour de rôle. Les réactions à ces idées tellement bizarres ont souvent pour effet de stimuler d’autres idées tout aussi bizarres où se nichent parfois des éléments de solution. Cette phase de la discussion permet souvent aussi de dérider l’atmosphère.



Une fois terminé l’élaboration des hypothèses de solution, il est important de procéder à l’analyse des avantages et inconvénients de chacune de ces possibilités à la lumière des objectifs communs préalablement identifiés.



Lorsqu’il comprend que le processus de transformation des personnes se fait de façon progressive dans le temps, le médiateur doit tenir compte de ce facteur pour élaborer son intervention. Dans une médiation, 80% du temps est consacré à échanger de l’information, explorer les besoins, repenser la situation en des termes communs, imaginer des hypothèses de solutions avant de choisir; 20 % du temps est consacré à la négociation proprement dite. Cette négociation finale ne se fait donc qu’à l’étape 4, une fois que les parties se sont entendues sur des objectifs communs et qu’ils ont fait le tour des solutions possibles. Un des plus grands pièges que les médiateurs se tendent à eux-mêmes est de laisser les personnes prendre des décisions avant qu’elles n’aient partagé l’ensemble des informations requises.




Pour passer des positions individuelles initiales à une vision commune, il est essentiel comme nous venons de le voir, de prendre le temps de bien identifier les besoins spécifiques de chacun ainsi que les besoins communs. Trop souvent, dès qu’un conflit est exprimé, on recherche une solution rapidement, négligeant de s’assurer que l’on définit les questions à régler de la même façon.




Pour accompagner cette transformation, il est nécessaire de respecter la logique du cheminement et de bien compléter chacune des étapes du processus avant de passer à la suivante. Dans notre monde occidental, qui valorise la vitesse, problème égal solution. Nous partageons tous le réflexe de trouver le plus vite possible une réponse, dès que nous faisons face à un problème. C’est la tendance des personnes qui viennent en médiation et nous observons aussi très souvent chez les médiateurs que nous supervisons qu’ils sautent trop vite aux solutions. Ils oublient de se référer aux besoins pourtant bien identifiés quand vient le temps de faire un choix de solution ou ils passent à la solution avant d’avoir pris en considération tous les choix qui se présentent.




Les personnes ont tendance à suggérer des solutions pour mettre fin à la tension suscitée par les discussions et obtenir ce qu’elles veulent le plus vite possible. Elles réclament du médiateur des réponses rapides. L’un des principaux défis du professionnel sera de ne pas permettre la discussion de solutions avant d’avoir développé une vision commune du problème et d’avoir développé une gamme d’options. Les étapes doivent être suivies dans un ordre logique. Si la démarche ne progresse pas, il est parfois nécessaire de revenir à une étape précédente. Par exemple, lorsque la négociation finale tourne en rond ou lorsque l’une des parties collabore moins, il est utile de revenir sur les besoins qui n’ont peut-être pas été bien compris.




La conclusion de solutions mutuellement acceptables est le fruit d’un long processus de transformation des points de vue des personnes, qui s’élabore à partir de deux visions qui s’opposent ou du moins ne coïncident pas tout à fait, pour parvenir à construire une vision commune des futurs liens familiaux entourant les enfants pour leur permettre le meilleur développement possible dans les circonstances. En guidant la démarche de la négociation raisonnée et en suggérant aux parents d’inscrire leurs discussions dans le contexte de leur transition familiale, le médiateur contribue à maintenir les balises et la logique de transformation qui passe des positions qui s’opposent au départ à des solutions qui répondent aux principales préoccupations et valeurs de chacun.


 Linda Bérubé,

Travailleuse sociale, médiatrice, expert Meso.