Faut-il être directif en médiation?

4 janvier 2017, Nathalie Croteau

Faut-il être directif en médiation?

La réponse à cette question est multiple selon l’approche de médiation privilégiée. Je vous propose de réfléchir à cette question sous l’angle de l’autodétermination des participants, une valeur centrale en médiation. Comment le médiateur peut-il appuyer les efforts des participants à décider de l’issue de leur médiation sans être directif?


Ma prémisse

Les participants ont la compétence pour régler eux-mêmes leur conflit, pour défendre leurs opinions, se mettre en relation, démontrer ouverture et considération pour l’autre, pour sortir de la relation négative.

Ils ont la capacité intrinsèque de faire des choix autonomes et une capacité d’empathie et de relations personnelles constructives. Car l’humain a besoin d’être en relation positive avec les autres, d’être ni victime, ni oppresseur.


Les approches

Un médiateur axé sur le règlement sera directif tant sur le processus que le contenu alors qu’un médiateur transformatif ne le sera pas du tout et un médiateur facilitant le sera sur le processus et beaucoup moins sur le contenu.


La directivité sur le contenu

Les médiateurs se modèlent trop souvent à l’environnement dans lequel ils travaillent. Ainsi, le médiateur agissant aux petites créances sera tenté d’influencer les parties quant au contenu. Il dispose d’à peine plus d’une heure pour la médiation. Il obtiendra des honoraires moindres s’il n’y a pas d’entente. Le médiateur est plus susceptible d’utiliser son expertise comme clé de voute des efforts de persuasion sur les parties. Ce type de médiateur sera convaincu que sans son apport au contenu les parties auraient échoué et une bonne entente impossible. Nous sommes loin du principe d‘autodétermination des parties.


La non-directivité sur le processus

La non-directivité du médiateur tant sur le contenu que le processus favorise l’autodétermination.


Ne pas être directif sur le processus ne signifie pas une absence d’intervention. Le médiateur est proactif dans son écoute et réactif dans ses interventions. Cela signifie que les décisions appartiennent aux participants. Le participant doit sentir que les choix proviennent de lui. Par exemple, le médiateur non-directif demandera aux participants s’ils souhaitent avoir des règles de communication. Ce sera une première occasion pour eux de prendre une décision et ainsi de prendre leur pouvoir.


Le médiateur encourage les discussions peu importe leur direction, le sujet. Il ne suit pas un ordre du jour. Il se laisse interrompre facilement, se ravise lorsqu’il se trompe, consulte régulièrement les parties, ne craint pas les méandres des conversations. C’est une façon de valider l’expérience des participants.


Il réfrène son désir de réagir à un déséquilibre de pouvoirs car il peut avoir un changement de pouvoirs en cours de médiation. Il va plutôt rechercher ou interroger les signes de gêne ou d’incapacité de maintenir une position viable sans changement dans la prise de pouvoir. Il utilise des outils tels le reflet, le résumé et les questions de vérifications pour soutenir les participants dans leur conversation.


Il donne toute la place aux participants confiants en leur capacité, avec son support, de trouver une issue qui leur conviennent.