FAVORISER LE DÉVELOPPEMENT D'UNE VISION COMMUNE EN MÉDIATION (ARTICLE 10/10)

5 janvier 2018, Linda Bérubé

FAVORISER LE DÉVELOPPEMENT D'UNE VISION COMMUNE EN MÉDIATION (ARTICLE 10/10)

Les personnes qui se présentent en médiation, ont souvent tendance à négocier sur positions: tenir leur bout, demander plus pour avoir moins, vanter leur point de vue et diminuer celui de l’autre, etc. Elles négocient pour gagner le plus possible, sans vraiment tenir compte de leurs besoins ou de leurs intérêts communs. Lorsque les parties n’ont pas à entretenir de relation future, cette négociation sur position peut mener à la conclusion d’ententes relativement satisfaisantes.



La médiation familiale, par ailleurs, nécessite une conversion des perspectives de départ et une attention spéciale à la relation entre les parents, car après la rupture du couple, la famille continue. La médiation vise une intégration créatrice des points de vue et non la victoire d’un point de vue sur l’autre ou encore un banal compromis entre deux positions. Le médiateur familial, par sa compréhension de la transition familiale, son attitude positive, son rôle de guide du processus et ses interventions bien dosées, est un instrument de cette conversion. En ce sens, il doit aider les parents à penser leur rupture en tenant compte que leur rôle de parent se maintient.



Créer un nouveau contexte relationnel post-séparation devrait, en principe, être un objectif commun des conjoints engagés en médiation familiale. Le but de cette série d’ articles était de décrire les stratégies du médiateur pour favoriser le développement de ce contexte. Le cadre stratégique vise d’une part, à favoriser le respect des étapes du processus qui permettent au médiateur familial d’accompagner les parents et d’autre part, de les aider à renouveler leur vision de leur situation dans une perspective de transition, pour leur donner envie de coopérer dans la recherche de solutions qui favoriseront leurs nouvelles relations familiales.



Nous avons développé l’idée que le processus de négociation raisonnée est un vecteur essentiel de la démarche de médiation. Nous avons précisé qu’il est nécessaire, en matière familiale, de  compléter ce processus en portant une attention spéciale à la définition commune de la situation par les parties. L’intervention du médiateur permet aux parties de passer d’une attitude de négociation sur positions et de revendications stériles à une démarche visant à construire de futures relations familiales.



Le déroulement du processus de médiation est rempli d’embûches. Le médiateur professionnel doit savoir intervenir sur le contenu concret des échanges, de manière à faire progresser la recherche de solutions. On dit souvent que « tout est dans la manière ». Il est  tout aussi important pour le médiateur de veiller au maintien d’un bon climat de discussion. Nous avons décrit plusieurs tactiques qui permettront au médiateur de travailler à préserver ce climat, cette manière de faire, qui favorisera l’atteinte des accords. Utilisées avec doigté, ces tactiques permettront de surmonter les obstacles parfois nombreux que l’on retrouvera sur la voie des recherches d’accords en médiation familiale.



Au plan de la communication, le médiateur aidera les parties à se rappeler qu’elles ont choisi une approche basée sur la coopération plutôt que sur l’affrontement et, par ses stratégies, guidera l’entretien en facilitant un échange fructueux. En ce qui a trait aux perceptions, le médiateur utilisera un langage qui contribuera à la construction d’une perspective commune avant de travailler à trouver les solutions. Enfin, au niveau des émotions, le médiateur interviendra non seulement pour les empêcher de faire obstacle au bon fonctionnement de la médiation, mais aussi pour lui faciliter la compréhension des besoins.



André Lévesque déclare qu’on ne convainc jamais personne (Levesque, 1993, p. 143). Le médiateur ne peut imposer sa vision de la médiation et des liens parentaux après la rupture. Même avec les meilleures stratégies, il ne peut aider des personnes qui n’auraient pas compris qu’elles ont intérêt à s’entendre.  Il peut toutefois aider les parents à prendre conscience des intérêts et besoins communs qui les placent en position d’interdépendance l’un face à l’autre; il peut confronter les positions stériles et leurs conséquences sur chacun ainsi que sur les enfants ; il peut proposer une vision constructive de l’avenir de la famille où les enfants auront une relation significative avec leurs deux parents. Ce sera aux parties de disposer.

 

 Linda Bérubé,

Travailleuse sociale, médiatrice, expert Meso.

 

Références

 

Bérubé, L., 2001, Rompre sans tout casser, Montréal, Editions de l’Homme.

 

Fisher, R., Ury, W., 1981 Comment réussir une négociation, Paris, Édition du Seuil,

 

Haynes, J., 1981, Divorce Mediation, New-York, Springer Publishing Compagny.

 

Lambert, D., Bérubé, L. 2000, La médiation familiale, Le guide du médiateur, Brossard, Publications CCH.

 

Legault, G.A., 2001,  « La professionnalisation de la médiation », dans Développements récents en médiation, Barreau du Québec.

 

Levesque, André, 1993, Partenaires multiples, projet commun, Paris, Éditions de l’Harmattan.

 

Maslow, Abraham, 1971, The Farther Reaches of Human Nature, New-York, Viking Press.

 

Wildau, T.T. Transitions : Moving Parties Between Stages dans Lambert, L, Bérubé, L, 2000, La mediation familiale, Le guide du médiateur, Brossard,Publications CCH.