L'ATTENTAT DE QUÉBEC (1) Un acte insensé de peur, de haine, de méconnaissance ou un point tournant dans le dialogue social québécois? Quelle place pour la médiation interculturelle ?

8 février 2017, Linda Bérubé

L'ATTENTAT DE QUÉBEC (1) Un acte insensé de peur, de haine, de méconnaissance   ou un point tournant dans le dialogue social québécois?  Quelle place pour la médiation interculturelle ?

L'attentat qui a frappé la Grande Mosquée de Québec le 29 janvier dernier est arrivé à deux (2) kilomètres de mon bureau, dans un quartier que je fréquente en toute sécurité depuis 20 ans. L'horreur peut arriver chez nous, dans notre cour. Qu'est-il en train d'arriver à notre petite vie tranquille? À notre démocratie? J'étais déjà sous le choc de l'élection du nouveau président des États-Unis, voilà qu'avec le tragique évènement qui a fait 6 veuves et laissé 17 orphelins, je suis secouée dans mes croyances et dans mes valeurs les plus profondes. L'intégrité, l'empathie, l'ouverture et le dialogue sont en train de foutre le camp chez nous. Wake up!

 


En tant que médiatrice je ne peux demeurer indifférente aux défis que le Québec doit relever en matière de cohabitation des musulmans et de tous les autres Québécois qu'ils soient autochtones, anglophones ou allophones. Pour qu'advienne le souhait exprimé par nos élus, lors des cérémonies qui se sont tenues à Montréal et à Québec, que tous se sentent comme partie prenante d'UNE même communauté québécoise, il faut AGIR.

 


Je partagerai dans cette chronique et la suivante une réflexion à la fois personnelle et sociale, car nous sommes touchés à ces deux niveaux. Je suis moi-même issue d'une mère anglophone et d'un père francophone. Mon conjoint a des ancêtres d'origine autochtone. Voilà déjà la source de mon besoin d'intégration et de dialogue. Les Français ont délogé les autochtones, les Anglais ont battu les Français, les nouveaux arrivants cherchent leur place. Au plan démographique, les Québécois de souche sont en perte de vitesse et, avec l'abandon de la religion, un vide identitaire se fait sentir dans notre société. Quel sens donner à nos vies? En tant que société d'accueil, nous sommes divisés sur les grandes questions entourant les valeurs, la laïcité, les signes religieux, etc. Les forums organisés dans le cadre de la Commission Bouchard-Taylor ont permis l'expression populaire et ont recommandé de "créer un observatoire de médiation interculturelle…" pour promouvoir le dialogue. Cette recommandation a été négligée par le gouvernement[1] et ces grandes questions ont été instrumentalisées par les partis politiques dans une lutte de positions.

 


Notre monde change à vitesse GRAND V et c'est à nous tous qui vivons au Québec, de le définir ensemble. Un véritable dialogue est nécessaire pour faciliter un apprivoisement réciproque de tous les acteurs. Comment pouvons-nous, en tant que médiateurs, apporter notre savoir-être et notre savoir-faire pour soutenir ce partage qui s'impose? Comment pouvons-nous profiter de la prise de conscience collective du fait que notre société n'est pas à l'abri d'actes insensés suscités par la peur, la haine ou la méconnaissance, pour apporter notre contribution au dialogue social québécois?

 


Dans la prochaine chronique, nous poursuivrons notre réflexion sur la contribution de la médiation à ce grand défi.



[1] S. Baillargeon, L-M, Gervais,  Les Rendez-vous ratés du vivre-ensemble, Le bilan de Gérard Bouchard et Charles Taylor, Le Devoir, 4 et 5 février 2017, p. A1