L'ATTENTAT DE QUÉBEC (2) Au-delà de la haine et de l'indifférence.

8 mars 2017, Linda Bérubé

L'ATTENTAT DE QUÉBEC (2) Au-delà de la haine et de l'indifférence.

A healthy social life is found only, when in the mirror of each soul the whole community finds its reflection, and when in the whole community the virtue of each one is living. Rudolph Steiner

 

L'attentat de janvier dernier sur le Centre Culturel Musulman de Québec nous a tous rejoints, au-delà des partis politiques, des religions et du statut socio économique. Pourquoi? Parce que ce drame nous a touchés au cœur et nous a fait découvrir des hommes qui nous ressemblaient. Des pères, des époux, des collègues de travail bien intégrés à notre société, dont la disparition nous a amenés à revoir les clichés ou les idées toutes faites sur les musulmans. C'est donc du cœur des gens qu'il me semble devoir partir pour aborder, fructueusement, la manière dont nous voulons vivre ensemble au Québec.

 


Que l'on parle d'accommodements raisonnables, d'intégration des immigrants, du port de signes religieux ostentatoires ou de laïcité, les discussions entourant les questions identitaires ont pris plusieurs formes au cours des dernières années. Forums citoyens lors de la Commission Bouchard-Taylor, discours politiques, commentaires médiatiques, réseaux sociaux, discussions informelles présentent un dénominateur commun, ils se caractérisent par un débat sur positions. Les uns veulent prôner l'ouverture, les autres veulent protéger leurs "jobs"; les uns souhaitent la liberté de témoigner de leur religion au travail alors que les autres veulent la neutralité de l'état en matière religieuse; les uns veulent préserver l'égalité hommes-femmes alors que les autres veulent vivre selon leur culture propre. Dans sa logique, chacun a raison. Comment surmonter cette impasse?

 


Dans notre société en mutation rapide et qui accueille de plus en plus d'immigrants, les trajectoires individuelles plongent leurs racines dans différentes cultures. Nous sommes plongés, collectivement, que nous le voulions ou non, dans un processus de co-évolution où chacun doit pouvoir trouver sa place. Comment profiter collectivement de cette vigueur hybride plutôt que d'y voir une menace?

 


En tant que médiateurs, nous sommes habitués à composer avec des personnes qui défendent des vérités contradictoires, à traiter avec l'ignorance, la peur et parfois la haine. Le dialogue requis pour apprendre à mieux vivre ensemble gagnerait à s'inspirer des caractéristiques du processus de médiation: une action volontaire, de bonne foi, transparente, respectueuse et orientée vers la recherche de solutions mutuelles.  Pour favoriser un rapprochement entre les porteurs des différents points de vue, comme nous invitons les participants à la médiation à le faire, notre société devrait encourager des approches qui permettent de:

  • ·       Reconnaître notre appartenance à une même communauté et l'interdépendance qui en découle;
  • ·       reconnaître nos valeurs communes, et notre équivalence en tant qu'êtres humains, plutôt que de s'attaquer pour établir la supériorité de notre position;
  • ·       tenir compte de nos différences plutôt que de vouloir trouver LA solution;
  • ·       affirmer nos valeurs, nos intérêts et nos besoins dans le respect de l'autre;
  • ·       entretenir un dialogue continu pour nous découvrir, nous apprivoiser mutuellement, nous comprendre et bâtir la confiance;
  • ·       concilier nos différences au jour le jour, plutôt que de vouloir "régler le problème une fois pour toute" ce qui, on le sait, est impossible quand on parle de vivre ensemble.

 


Dans notre prochaine chronique nous verrons comment la culture de médiation pourrait servir de fondement pour inspirer les gestes de conciliation si nécessaires pour que chacun trouve sa place dans notre société.