L'ATTENTAT DE QUÉBEC (3) La culture de médiation, expression d'une société qui se veut inclusive.

5 avril 2017, Linda Bérubé

L'ATTENTAT DE QUÉBEC (3) La culture de médiation, expression d'une société qui se veut inclusive.

"Le changement, le conflit ou le différend sont des processus normaux par lesquels les différences sociales, s'entremêlent pour l'enrichissement de toutes les personnes concernées". Mary Parker-Follett

 


Quel souvenir conservons-nous de l'attentat de janvier dernier au Centre Culturel Musulman de Québec? A-t-on fait quelque chose? Il est crucial de maintenir l'ouverture à la communauté musulmane provoquée par cet évènement déplorable. Comment pouvons-nous, en tant que médiateurs, apporter notre contribution pour dépasser la haine et l'indifférence ? Voici quelques pistes de réflexion.

 


Nous n'avons plus, au Québec, de valeurs prêtes à porter qui font l'unanimité. Ce vide de sens fait d'ailleurs partie des difficultés de certains de nos concitoyens qui craignent de se faire envahir par des personnes qui arrivent avec des convictions marquées. Le recours croissant aux modes de Prévention et de Règlement des Différends traduit une valeur rassembleuse à promouvoir auprès des citoyens qui choisissent le Québec. La médiation est l'expression d'une culture qui se veut inclusive. Symbole par excellence de respect, de bonne volonté et de communication, la médiation peut donner une indication du type de relations sociales souhaitées entre les citoyens mais elle ne peut aboutir sans un engagement des personnes dans un dialogue.

 


La décision de s'engager en médiation est un choix qui repose sur des croyances. Gandhi disait : « Vos croyances deviennent vos pensées, vos pensées deviennent vos mots, vos mots deviennent vos actions, vos actions deviennent vos habitudes, vos habitudes deviennent vos valeurs, vos valeurs deviennent votre destinée". La reconnaissance de la médiation par les nouveaux arrivants n'est pas acquise et nous devrions en faire connaître les valeurs. Comment? Avec quels mots et quelles actions, allons-nous promouvoir les valeurs de la coopération pour aborder nos différends et forger notre destinée commune?

 


Au-delà de l'acceptation sociale, ce qui peut incliner les personnes à recourir à la médiation, c'est une motivation personnelle et un désir d'entretenir une relation à l'autre. Ce qui importe d'abord, est d'entretenir la "culture du lien à soi, l'effort de connaissance, d'estime, d'expression et d'accomplissement de soi qui éveille la personne à ses ressources intérieures, en la faisant cheminer vers qu'elle est de plus unique et créatrice"[1]. Les personnes peuvent faire une différence si elles sont conscientes de l'impact de leurs actions sur les autres.

 


Nous devons aussi encourager "la culture du lien à autrui, l'effort de dialogue, de désintéressement, d'entraide, de partage, de coopération, d'amour qui éveille les personnes à tout ce qui dépasse l'égoïsme"[2]. Il est crucial d'éviter, dans le règlement de nos différends, de jouer au plus fort, à la victime ou au sauveur. C'est dans la reconnaissance de ses vulnérabilités, le partage de ses valeurs, de ses besoins et de ses intérêts que chacun peut faire sa part.

 


Le monde change et la construction du vivre-ensemble est une responsabilité partagée. Les actes de terreur à travers le monde sont un symptôme qu'on ne peut plus ignorer. Nous ne pouvons plus regarder "la parade", nous sommes dans "la parade" et nous, médiateurs, pouvons agir pour aider à tracer ce nouveau parcours qu'il nous faut inventer pour créer un monde plus harmonieux.



[1] Bidar, Abdennour, La mécanique folle de l'individualisme, L'Obs, no. 2728, 02/02 /17p. 7

[2] Ibid. 1, p.7