La stratégie des trois passoires

11 octobre 2017, Jacqueline LaBrie

La stratégie des trois passoires

Dépendamment où en sont rendus les conjoints dans les étapes de la rupture, en tant que médiateur nous sommes confrontés à l’expression d’émotions vives de la part de nos clients. Au fil des années de pratique j’ai développé un certain seuil de tolérance face à cette expression émotive et parfois  imprévisible.



Bien qu’en début de processus de médiation, dans le contrat de médiation il est demandé aux participants de faire preuve de respect l’un à l’égard de l’autre et de collaborer au bon déroulement du processus de médiation, il arrive parfois que ces engagements soient oubliés.



Dans un processus de médiation à haut niveau de conflit, une dame m’a reproché d’avoir laissé son ex-conjoint l’injurier. Selon Madame je n’avais pas pris les moyens pour empêcher qu’une telle situation se produise. Mais comment deviner ce qu’il allait exprimer?



Confrontée à cette réaction de la part de la dame, j’ai constaté que mon seuil de tolérance par rapport à certaines expressions émotives était assez élevé. En situation de trahison, de blessure à l’égo et à l’amour propre, certaines personnes peuvent utiliser un langage blessant pour se soulager de la souffrance vécue. En contexte de médiation, je m’attends à ces situations.



Par contre du point de vue de l’autre partenaire, en situation de trahison, je comprends qu’elle prenne tout personnel et que souvent elle prête des intentions de vengeances à l’autre. Elle ne fait pas de distinction entre l’expression de la souffrance et la menace.



Suite à cette réflexion, dans les situations à haut niveau de conflit,  en plus de demander l’engagement au respect mutuel des participants au processus de médiation,  il m’arrive d’ajouter une invitation à l’autodiscipline chez chacun. J’ai adapté la stratégie des trois passoires de Socrate.



Je demande à chaque participant de s’autoréguler afin d’éviter de se blesser mutuellement et plutôt encourager une communication non violente.



Avant d’intervenir, chaque participant doit se poser la question :



Est-ce que ce que j’ai à dire est respectueux de l’autre?


Si la réponse est négative inutile de le dire puisque seul le respect mutuel peut être porteur de la venue d’une entente.


Si la réponse est positive à cette première question;


La deuxième question que doit se poser le participant est orientée vers la collaboration.


Est-ce que ce que j’ai à dire va aider l’autre à collaborer dans la recherche d’ententes?


Si la réponse est négative inutile de le dire puisqu’elle ne fera pas avancer la discussion.


Si la réponse est positive, une troisième question se pose.


La question est orientée vers l’ici et maintenant de la négociation.


Est-ce que ce que j’ai à dire repose sur des faits véridiques et utiles à la négociation?


Si ce que j’ai à dire n’est pas respectueux, apporte la fermeture et n’est pas basé sur des faits utiles à la négociation, il vaut mieux s’abstenir d’intervenir et au besoin prendre une pose de la parole.


Si la réponse est positive à cette troisième question, les participants prennent en main la venue d’une entente et pourront s’attribuer la responsabilité du succès de leur démarche.



J’aime amener les participants à l’autocritique, cela fait deux de meilleurs négociateurs.