Les excuses prononcées par une institution dans un contexte d’abus sexuels ou physiques (1)

6 septembre 2017, Nathalie Croteau

Les excuses prononcées par une institution dans un contexte d’abus sexuels ou physiques (1)

Les cas d’abus sexuels ou physiques impliquant des institutions (communautés religieuses, armée, police, etc.) sont malheureusement trop courants. Dans mes deux prochaines chroniques, je veux vous partager l’approche d’un médiateur australien chevronné, Greg Rooney[1] qui a agi dans plus de 200 médiations visant à ce que des excuses profondes soient prononcées.  


 

 

Pour que des excuses profondes et non de simples excuses puissent être prononcées, cela nécessite certaines composantes essentielles. La première est la préparation tant de la personne qui recevra (le receveur) que celle qui donnera les excuses (le donneur). Cela débute par des rencontres de prémédiation. En effet, les personnes impliquées ont besoin de temps pour se préparer mentalement et physiquement à la rencontre de médiation. Le rôle du médiateur est donc crucial, car il devra s’assurer dans les rencontres de prémédiation plus particulièrement auprès du receveur que le processus ne viendra pas lui nuire ou le blesser davantage. C’est pourquoi très souvent il est préférable que ce soit l’institution qui prononce les excuses plutôt que de remettre la victime en présence de l’abuseur.



 

Lors de ses rencontres de prémédiation, le médiateur s’assure que chacun des participants est prêt émotionnellement mais encore plus important, il vérifie qu’ils ont la capacité d’interagir sur le plan personnel. En effet, pour prononcer des excuses profondes, il faut avoir cette aptitude à entrer en relation avec l’autre sinon les excuses seront de moindre qualité.



 

Dans un premier temps, pour favoriser cette relation, le médiateur doit développer un lien personnel et de confiance tant avec celui qui recevra, que celui qui donnera les excuses. Pour y parvenir, il débutera les rencontres de prémédiation par un entretien non directif en commençant avec cette question ouverte :   Comment vous sentez-vous de rencontrer l’autre personne dans quelques semaines?  Le médiateur n’est pas à la recherche des faits, il souhaite savoir comment les participants se sentent dans le but de développer une relation personnelle avec chacun. Pour la personne qui reçoit les excuses, il lui posera la question suivante : si la rencontre se passe bien avec la personne qui s’excusera auprès de vous et si dans le futur les choses commencent à mieux aller que maintenant, à quoi cela ressemblerait-il?? Cette question n’a pas pour but de voir si cette personne est capable d’envisager l’avenir. Si le receveur ne peut entrevoir aucun futur, le médiateur doit explorer davantage sa capacité réelle à participer à ce processus.



 

La prochaine étape est de demander au receveur et au donneur de ne pas se préparer à la rencontre de médiation, qu’ils arrivent seulement avec un esprit ouvert. Cela aide à créer une dissonance dans leurs pensées et pour le donneur, évite une rationalisation et intellectualisation qui nuiraient à la relation personnelle que le médiateur cherche à favoriser entre les participants.  




L’autre élément essentiel est d’expliquer à chacun comment se déroulera la rencontre de médiation afin qu’ils en comprennent le déroulement. Nous vous invitons à lire notre prochaine chronique pour savoir comment se déroule la suite de ce processus.





[1] Rooney, Greg, The Profound Apology (February 8, 2017), httpas://papers.ssm.com/sol3/papaers2.cfm?abstract_id=2915346