Les excuses prononcées par une institution dans un contexte d’abus sexuels ou physiques (2)

18 octobre 2017, Nathalie Croteau

Les excuses prononcées par une institution dans un contexte d’abus sexuels ou physiques (2)

Dans ma dernière chronique, j’ai abordé la nécessité des rencontres de prémédiation où le médiateur prépare les parties à recevoir et donner des excuses profondes[1]. Nous avons vu qu’il était essentiel que le médiateur développe un lien personnel et de confiance. Voyons le déroulement de la médiation où le médiateur crée un espace sécuritaire ouvert vers le futur. 


 

Le médiateur débute par une brève introduction sur le processus puis demande au receveur la question suivante : Quelles pensées vous viennent à l’esprit présentement alors que vous êtes assis dans cette salle? Le médiateur s’engage donc dans une conversation plus générale moins axée sur les événements ou les demandes. Avant de s’engager dans cette conversation, il aura préalablement demandé au donneur d’écouter, de ne pas intervenir. À cette étape, le rôle du médiateur est de créer un espace sécuritaire pour le receveur lui permettant de s’exprimer librement, sur les sujets qu’il souhaite aborder. Cela donne le temps et l’espace au donneur de mieux comprendre cette personne alors qu’il est en position d’observateur.



 

Quand le médiateur le juge approprié, il se retourne vers le donneur et lui pose cette question : Vous avez maintenant eu l’opportunité d’entendre l’autre. Quelles pensées vous viennent à l’esprit présentement alors que vous êtes assis dans cette salle? Cette question devrait, espérons-le, permettre au donneur de répondre au même niveau émotionnel. Ce ne sera pas tant les mots qui seront importants, mais bien le ton et l’émotion qui passent dans ce qui est dit. C’est à ce moment qu’il existe une occasion pour qu’un lien personnel se crée.   



 

La prochaine étape est de prendre une pause pour permettre à chaque partie de ventiler. La session reprend et une discussion s’engage sur comment la personne qui reçoit les excuses pourrait aller de l'avant avec sa vie. La conversation ne porte plus sur le passé, mais regarde vers le futur. C’est donc à cette étape que les excuses formelles sont appropriées et pas avant.



 

En voici un exemple; Je voudrais vous présenter des excuses formelles au nom de ma congrégation Y. Je représente Y aujourd’hui et je parle au nom de tous ses membres passés et présents. Au nom de Y, je veux vous dire pardon. Ce qui vous est arrivé n’aurait jamais dû se passer et je dis cela au nom de mes collègues évêques, frères. C’était important que je vous rencontre aujourd’hui. Je vais leur rapporter le message et les leçons de votre histoire. Je veux vous remercier d’être venu aujourd’hui car je sais que cela n’a pas dû être facile pour vous. Si je peux vous aider dans le futur n’hésitez pas à communiquer avec moi.



 

Les excuses profondes sont donc bâties sur un lien profondément personnel entre les deux parties. Le donneur entend le récit, le reçoit, s’ouvre à l’autre dans son authenticité et offre des excuses formelles. Des excuses qui viennent du cœur ont un profond effet psychologique.





[1] Rooney, Greg, The Profound Apology (February 8, 2017), httpas://papers.ssm.com/sol3/papaers2.cfm?abstract_id=2915346