LES PETITES VOIX DU MÉDIATEUR

14 décembre 2016, Céline Vallières

LES PETITES VOIX DU MÉDIATEUR

Le processus de médiation requiert constamment la prise de micro décisions. Quand il commence sa pratique, les questions internes ne manquent pas d’assaillir le médiateur. J’aimerais le rassurer et lui dire qu’un jour, il n’entendra plus ces petites voix. Sauf que c’est faux ! Aucune médiation ne ressemble à une autre et toutes sortes d’obstacles sont possibles. La pratique de la médiation demande de composer avec son dialogue intérieur en plus de celui des parties. Voici les questions les plus fréquentes qui se présentent à moi, même après 18 ans de pratique :


Anticipation : Est-ce que je suis prête? Ai-je toute l’expertise pour ce genre de médiation? Que vais-je apprendre dans cette médiation ? Comment telle partie va-t-elle se comporter?


Confusion : Comment peut-il y avoir tant de visions différentes? Ne vient-il pas de se contredire? Comment en sommes-nous arrivés à parler de ceci? Je suis toute mêlée, je ne comprends plus?


Doute : Est-ce que j’aurais dû faire ceci ou cela? Pourquoi, ai-je posé telle question? C’était une mauvaise idée ? Devrais-je poser cette question? Puis-je lui dire cela ou encore le confronter? Quelle technique mettre de l’avant? Va-t-il croire que je ne suis plus impartiale?


Désespoir : On n’y arrivera jamais, quoi faire? J’ai peut-être mal travaillé? Ai-je perdu leur confiance? Comment je peux faire bouger une partie?


Espoir : Peut-être que cela va fonctionner et si je faisais ceci ou cela ? Il me semble changer d’idée?


Découverte inattendue : On dirait qu’une porte s’ouvre? Comment la faire valoir sans trop de pression? Est-ce que tout le monde est prêt à aller vers cette direction?


Plusieurs autres voix internes peuvent se présenter selon sa personnalité. Avec l’expérience et la confiance, certaines se taisent plus rapidement tout en continuant d’exister. Une sorte de maîtrise s’installe. En même temps, la beauté de la pratique c’est justement ce perpétuel questionnement qui doit propulser et non « geler » le médiateur. La médiation n’est pas un processus tranquille, car elle exige « d’être en toute conscience » à plusieurs endroits en même temps. Il faut accepter ses petites voix qui sont parfois tellement créatives. S’appuyer sur des croyances aidantes comme l’autodétermination des parties permet de ne pas bloquer. De plus, n’oubliez pas, vous avez une obligation de moyen et non de résultat. Et puis quand je me sens trop tiraillée, je ralentis le mouvement et je demande du temps aux parties pour mieux les aider. Elles m’ont toujours dit OUI !


Chronique inspirée du livre « Le médiateur dans l’arène » de Thomas Fiutak, Éditions Érès, 2009