Médiateur : un artiste de la relation.

9 mars 2018, Jacqueline LaBrie

Médiateur : un artiste de la relation.

Être médiateurs c’est se retrouver en présence de deux parties en situation de conflit, en divergence de points de vue, en réaction émotionnelle plus ou moins intense selon les enjeux en cause.



Souvent, l’une des parties se présente en tant que victime et réclame de façon plus ou moins implicite l’intervention du médiateur en tant que sauveur. Un sauveur qui saura l’écouter et à la limite, saura créer une alliance contre l’autre partie. On le sait s’il y a une victime, il y a forcément un persécuteur.



Bien que le médiateur se présente en tant que tiers impartial qui a pour rôle principal d’agir en tant que catalyseur dans la résolution du conflit qui oppose les parties, il arrive que par manque de vigilance il tombe dans le piège en adoptant le rôle de sauveur en tentant d’équilibrer les pouvoir entre les parties.



Si par mégarde en tentant d’équilibrer les pouvoirs entre les parties, il adopte une position de sauveur, il vient de mettre en péril son apparence d’impartialité. Il risque de jouer le rôle de persécuteur à l’égard de la partie qu’il avait jugée faire preuve d’abus de pouvoir. Celui-ci deviendra victime du médiateur qui perdra alors toute crédibilité à l’égard du processus de médiation.


Un indice indéniable que le médiateur vient de perdre la posture de médiation c’est quand il rentre en confrontation avec la partie qu’il a identifié en abus de pouvoir. La conséquence probable de ce jeu de chaise des rôles est l’abandon du processus de médiation de la part des parties. Le médiateur sera alors tenté de se dire victime de ses clients qui ont créé une alliance contre lui et qui n’ont pas compris son rôle.



Mon propos n’est pas d’expliquer la théorie relative au triangle de Karpman, mais de partager une façon d’être qui peut permettre de prévenir ce piège toujours présent dans un processus de médiation.



Je me suis inspirée du célèbre livre Les Quatre Accords Toltèques de l’auteur Don Miguel Ruiz, plus particulièrement le deuxième et le troisième accord, pour soutenir une absence de préjugés ou de biais favorables ou défavorables en cours de processus de médiation.



Le deuxième accord : « Ne pas prendre les choses de manière personnelle », quoi qu’il arrive n’en faites pas une affaire personnelle dit Don Miguel Ruiz. Dans ce domaine de la psychologie intérieure, tout nous ramène à nos propres valeurs, à nos perceptions, à nos expériences. Le regard des autres sur nous résulte de leur perception et de l’image qu’ils se font de nous. Intégrer cet accord dans nos comportements quotidiens permet de se libérer des critiques, des jugements et des malentendus et surtout d’éviter d’être en quête d’appréciation et d’admiration de l’autre.



Cette prémisse aide le médiateur à légitimer la perception des parties sans en faire une source de confrontation. Accueillir l’autre dans ses perceptions c’est permettre l’ouverture d’un dialogue porteur de collaboration entre les parties.



Le troisième accord : « ne pas faire de supposition », se traduit en médiation par le fait de ne pas prêter d’intention aux parties. Au lieu de conclure à la manipulation, au mensonge et l’interprétation des propos à partir de nos perceptions, nous devons aider les parties à divulguer leur propre perception, leur vérité. En l’exprimant en présence de l’autre, cela permet de mieux comprendre ses réactions, ses besoins et ce qui l’anime dans le maintien du conflit.



Je ne maîtrise pas cette sagesse, je m’amuse à l’utiliser. Je sais que reconnaître nos propres perceptions, nos pensées, être conscient de nos préjugés, de nos présomptions évite de croire que ce que nous pensons est une vérité absolue et nous amène à nous ouvrir à la réalité de l’autre dans sa tentative d’expression de ses besoins. Cette façon d’aborder les perceptions de l’autre permet au médiateur de demeurer au-dessus de la mêlée et d’agir en véritable catalyseur dans le règlement du conflit entre les parties qu’il accompagne dans le processus de médiation.

 

Jacqueline LaBrie,

Travailleuse sociale, médiatrice, expert Meso.

 

 

Référence : Ruiz Don Miguel, Ruiz Don José, Le cinquième accord Toltèque, traduit de l’anglais(US) par Olivier Clerc, Guy Trédaniel éditeur, 2010