Médiation familiale et présence de l’enfant

30 novembre 2016, Jacqueline LaBrie

Médiation familiale et présence de l’enfant

Qu’en est-il de la présence de l’enfant dans le processus de la médiation familiale ?Est-ce qu’il doit être intégré au processus de médiation ? Est-ce qu’il doit être rencontré par le médiateur ? Si oui selon quels critères et dans quelle circonstance ?


À travers les milliers de médiations conduites en matière de divorce et de séparation parentale une infime partie des parents rencontrés ont accepté la proposition que les enfants soient rencontrés dans le cadre du processus de médiation.


Pour ces parents, il est de leur responsabilité de veiller au bien-être de leurs enfants. Malgré le fait que la confidentialité des propos échangés avec le médiateur leur soit assurée, les parents ne veulent pas déléguer leur rôle décisionnel dans la réorganisation des rapports familiaux.


Pour les médiateurs à qui la situation est présentée, plusieurs réponses ; pour l’un ce n’est pas une situation avec laquelle il serait à l’aise, pour d’autres pourquoi et dans quel contexte il serait approprié de rencontrer les enfants dans le cadre du processus de médiation? Pour plusieurs, ils admettent ne pas avoir les connaissances et les compétences pour introduire les enfants dans leur processus de médiation, la présence de l’enfant leur poserait un défi considérable et ça ne correspondrait pas au mandat de médiation reçu de la part du couple/parent.


Pourtant au-delà de la présence physique de l’enfant il y a la présence continue de l’enfant dans tout ce qui le concerne.


Je reprends ici les propos du Dr Suzanne Barry, psychologue médiatrice familiale, ‘’C’est au médiateur à l’intérieur de son rôle de gestionnaire du processus qu’il appartient de voir à ce que la participation de l’enfant aux réorganisations familiales soit sollicitée et il existe plusieurs modalités pour l’actualiser’’ ( Barry, S 1992) 1


Le médiateur, par son rôle, doit aider les parents à se poser les bonnes questions par rapport aux enfants dans le contexte de leur séparation. C’est par la qualité de ce questionnement qu’il assure la présence des enfants dans le processus de médiation.


Quelle est leur histoire familiale à l’égard des enfants depuis la naissance, comment se sont réparties les responsabilités ? Qui a pris soin des enfants ? Comment comptent-ils assurer une continuité des soins suite à la rupture ?


Quelles sont les forces et les faiblesses de chacun à prendre soin du bébé, du jeune enfant, de l’enfant en milieu scolaire ? Quel est le degré d’attachement et d’aisance des enfants avec chaque parent ? Est-ce qu’il y avait une complémentarité des rôles dans la dispensation de soins à l’enfant ? Si oui, comment se fera le transfert de la complémentarité dans la situation de séparation ?


Quel est le tempérament de l’enfant ?

Sa capacité d’adaptation ? Sa perception de la séparation ? Quelles sont les affinités entre parent et enfants ? Comment chaque parent pourra contribuer à faciliter la présence du parent moins présent pendant la vie commune, pendant la vie post-rupture ?


Et finalement quel mécanisme de communication mettront-ils en place pour assurer une continuité dans la vie de l’enfant ? Il n’a pas d’autre choix que de vivre la séparation de ses parents. Au besoin, à quelle ressource feront-ils appel pour faciliter la transition et diminuer l’impact de la rupture chez leur enfant ?

Auprès des adolescents et des jeunes adultes, il pourrait être intéressant d’obtenir leur point de vue dans la réorganisation familiale. Il faudra se poser la question au sujet de la pertinence de cette présence et éviter de leur laisser croire qu’il s’agit d’un partage du pouvoir décisionnel des parents, car l’orientation de la famille appartient aux parents.


1 Barry, S (1992) La médiation familiale, Collectif multidisciplinaire, coordonné par Lisette Laurent-Boyer, Les Éditions Yvon Blais Inc. P. 187