MÉDIATION FAMILIALE ET VIOLENCE CONJUGALE-1

20 décembre 2016, Violaine Belzile

MÉDIATION FAMILIALE ET VIOLENCE CONJUGALE-1

Pourquoi, quand et comment le médiateur doit-il identifier la violence conjugale en médiation ;


Qu’est-ce que la violence conjugale ?


Comment distinguer la dangereuse dynamique de domination conjugale des autres formes de conflit au sein du couple : Le conflit circonstanciel et le haut niveau de conflit?


Comment assurer la sécurité du médiateur et des parties ?


Comment et quand intervenir dans les dossiers ou une dynamique de violence conjugale est présente ? À quelles conditions ?


Quand et comment mettre fin à la médiation ?


Comment référer les parties au cours du processus de médiation ou en fin de processus ?


Autant de questions qui feront l’objet des chroniques à venir pour outiller le médiateur à comprendre la violence conjugale, à connaitre ses biais à l’égard de l’agresseur et de la victime, à la dépister avant même sa première rencontre avec les parties et tout au long du processus, à l’aider à choisir s’il intervient ou pas et comment le faire le cas échéant.


Cette première chronique identifie les enjeux spécifiques à la cohabitation médiation et violence conjugale et permet de différencier le conflit circonstanciel du haut niveau de conflit et des dynamiques de violence conjugale.


Les médiateurs le savent, les dynamiques de couples sont complexes et variées. La crise personnelle vécue par chacune des parties lors de la séparation exacerbe souvent les conflits préexistants, place les personnes au cœur d’une période d’émotions fortes et intenses et augmente les risques de passage à l’acte homicidaire ou suicidaire, particulièrement dans les situations ou une dynamique de domination conjugale est présente.


Dans le contexte où le rôle du médiateur consiste notamment à soutenir les parties afin qu’elles parviennent à un consentement libre et éclairé et permette des discussions équilibrées, le médiateur doit garder en tête la nécessité d’identifier la dynamique du couple en présence lors des conflits. Pour ce faire, un dépistage préalable à la première rencontre constitue l’un des outils privilégiés. L’ensemble des outils d’évaluation de stratégie du couple seront traités spécifiquement lors d’une prochaine chronique.


Tout comme le médiateur le fait habituellement tout au long du processus de médiation, il observe les comportements verbaux et non verbaux des parties pour comprendre la dynamique des forces en présence et soutenir la discussion. Il adoptera un style d’intervention adapté à la situation. En matière de violence conjugale, il est primordial de comprendre que tout comportement violent n’égale pas violence conjugale et que tout couple rencontré en médiation peut présenter une histoire de dynamique de domination conjugale. Les enjeux de la co existence de la médiation et de la violence conjugale résident principalement dans le fait que la dynamique de domination conjugale est dangereuse pour la sécurité des personnes, y compris celle du médiateur, et qu’elle menace directement la possibilité pour les parties de parvenir à un consentement libre et éclairé.


Il est donc de toute première importance de pourvoir l’identifier et d’agir en conséquence. Il est convenu de différencier le conflit circonstanciel dans le couple, du haut niveau de conflit et de la dynamique de domination conjugale. Voici comment chacune de celles-ci se caractérise comment les différencier.


Conflit circonstanciel

Le conflit circonstanciel se déroule dans un cadre égalitaire entre les parties. Il est composé d’affrontements ponctuels sur des thèmes précis.


Haut niveau de conflit

Les dynamiques des couples à haut niveau de conflit se déroulent dans un cadre dysfonctionnel, bien que symétrique. Il est composé d’affrontements et d’oppositions, d’une série de récriminations, sur des sujets qui reviennent souvent en boucle, animé par deux faucons au combat. Il peut y avoir déséquilibre entre les forces en présence, déséquilibre qui alterne entre chacun des protagonistes tout au long de la médiation.


Domination conjugale/violence conjugale

La dynamique de couple où sévit la domination conjugale, aussi appelée violence conjugale se déroule dans un cadre inégalitaire et déséquilibré. L’une des parties cherche à installer, maintenir ou reprendre le pouvoir ou le contrôle sur un autre qui s’écrase ou s’efface. Cette dynamique affecte la possibilité qu’une entente faisant l’objet d’un consentement libre et éclairé intervienne et pose des enjeux sérieux au niveau de la sécurité. Quatre critères délimiteurs sont utiles pour différencier chacune des trois dynamiques ci-avant présentées, soit l’intention, l’agression, la répétition et l’impact. Ces quatre critères délimiteurs ont été proposés par le regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale et adoptés comme critères d’analyse par les médiateurs expérimentés ayant réfléchi à la question et ayant dispensé une formation extensive à la grandeur du Québec à la demande du Ministère de la Justice entre 2010 et 2012. La prochaine chronique approfondira la notion des critères délimiteurs des types de conflit dans le couple.