MÉDIATION – Analyse de cas dans une action en dommages pour agressions sexuelles (deuxième partie)

16 mars 2017, Céline Vallières

MÉDIATION – Analyse de cas dans une action en dommages pour agressions sexuelles (deuxième partie)

Cette affaire est particulière puisqu’il s’agit d’une réclamation en dommages de 211 000 $ d’une demanderesse ayant subi des actes de pédophilie. Nous vous présentons dans ce deuxième article une analyse sur les relations interpersonnelles.



Les relations interpersonnelles



              Cette médiation n’implique pas une continuité de la relation entre les parties. La demanderesse ne veut recevoir aucune excuse et ne ressent pas le besoin de parler au défendeur. Toute la médiation fonctionnera par caucus, mais la médiation ne sera pas pour autant un lieu de vide relationnel. En effet, il existe une multitude de relations.



              Comme médiatrice, j’entretiens des relations avec les avocats, les parties et leurs accompagnateurs (six personnes). Pour moi, la relation la plus cruciale concernait mon lien avec le défendeur. Serais-je capable de faire preuve de toute l’impartialité et la neutralité demandées? Je m’en croyais capable, cependant, à la lecture de la demande introductive, j’ai pu mesurer le défi qui m’attendait. Durant la médiation, j’avoue que certaines paroles du défendeur m’ont heurtée. Je savais alors que je devais me recentrer. L’épouse émotive du défendeur était très positionnée et recherchait davantage la confrontation que son époux. Je devais la recadrer, reconnaître son point de vue et surtout la calmer. Je ne pouvais l’écarter, car elle possédait un certain pouvoir économique et elle décidait pour son mari.




              Ma relation avec la demanderesse et son accompagnateur était plus facile à gérer. Malgré le drame allégué, elle était relativement calme, posée et déterminée. Mon travail consistait davantage à la faire réfléchir sur les offres et sur ses besoins. En cours de route, je me suis rendu compte que son accompagnateur exerçait une importante influence. En effet, j’ai réalisé que, bien que les accompagnateurs ne soient pas les décideurs officiels, il faut drôlement se soucier d’eux et créer avec eux un lien de confiance.




              J’avais formé l’avocate du défendeur à la médiation, et c’est elle qui m’avait recommandée. Une confiance existait donc entre nous et cette confiance ne devait pas se transformer en complicité. L’autre avocat s’avéra être, pour moi, une personne drôle et charmante. J’admirais son incroyable travail auprès des victimes d’agressions sexuelles au Québec. Le piège de l’admiration et de l’alliance par procuration avec sa cliente me guettait. De plus, il défendait le « bon » côté. Entre ces deux avocats, je sentis à la fois une collaboration et un désir de confrontation, mais puisque j’avais réussi à tisser une bonne relation avec chacun, j’ai pu exercer mon leadership et faire de la médiation entre eux. En fin de compte, le climat relationnel dont je devais me préoccuper ne concernait pas les parties, mais bien leurs avocats.