PASSER DES POSITIONS AUX ENJEUX ET OBJECTIFS COMMUNS (ARTICLE 2/10)

11 novembre 2017, Linda Bérubé

PASSER DES POSITIONS AUX ENJEUX ET OBJECTIFS COMMUNS (ARTICLE 2/10)

Une fois les personnes accueillies et les règles du jeu de la médiation, bien établies, le médiateur décrit le but, le déroulement et la durée de l’entretien et demande à chacune des personnes tour à tour d’exposer son point de vue sur la situation. (Lambert, D., Bérubé, L, 2000 p. 74)



Les personnes communiquent alors les positions qui découlent de leur évaluation (perceptions, valeurs, besoins) de la situation. Ces positions souvent antagonistes génèrent des émotions qui sont bien camouflées ou qui peuvent au contraire prendre beaucoup de place dans la discussion. Le médiateur devra savoir les débusquer. À titre d’exemple, examinons de plus près deux positions fréquemment rencontrées et les émotions qui les sous-tendent.



 « Je veux continuer à voir mes enfants régulièrement ». Monsieur qui a pris la décision de la séparation perçoit que son choix entraîne des difficultés à son épouse et à ses enfants, il se sent coupable (émotion). Il veut voir ses enfants régulièrement (position); il adopte une position de collaboration (communication) pour que la séparation se fasse avec le moins de souffrance possible.



 « Tu les verras quand je voudrai et tu vas me payer une pension alimentaire ». Madame qui subit cette décision, perçoit que Monsieur l’a trahie et qu’il n’est pas digne de confiance. Elle est en colère (émotion); elle demande, en haussant le ton (communication), l’hébergement des enfants avec un minimum de contact des enfants avec leur père et une pension alimentaire très élevée (position).



Dans un premier temps, le médiateur doit se contenter de reformuler   ce qu’il a compris du point de vue de chacun après que les deux  se sont exprimés et il convient aussi de refléter l’émotion qui s’exprime à travers le langage du corps et le ton de la voix. La reformulation la plus fidèle possible permet à la personne, de se sentir entendue et le reflet sur l’émotion complète son sentiment d’être comprise dans ce qu’elle vit. À ce stade, il ne s’agit pas de confirmer ou de remettre en question les points de vue exprimés, mais bien de les accueillir tels que présentés. Il faudra éventuellement dépasser ces positions pour en venir à comprendre les besoins sous-jacents. Le médiateur devra alors comprendre les perceptions et les émotions des personnes et identifier leur style de communication, car ce sont les aspects qui feront l’objet de son intervention.



Pour que la médiation puisse mener à la conclusion d’une entente mutuellement acceptable, il est essentiel de recadrer la situation, de manière à rappeler aux personnes leur interdépendance et les intérêts communs qui les relient encore et à partir desquels pourra se développer un terrain propice à la collaboration qui leur permettra de continuer à être tous les deux parents.



Les positions sont fondées sur ce que les personnes estiment nécessaire pour parvenir à leurs fins. Les personnes qui se séparent sont plus promptes à voir ce qui les divise que ce qui les unit encore. La séparation entraîne effectivement la fin de plusieurs intérêts et besoins qui étaient partagés par les conjoints dans le couple et la famille : intimité, complicité, sexualité, projets communs, soutien affectif et matériel, etc. Ces nombreuses pertes donnent souvent l’impression aux personnes que leur relation est finie à jamais.



Dans la majorité des situations de séparation, outre le besoin personnel de sécurité matérielle et économique ainsi que le besoin d’estime de soi, les personnes partagent comme motivation importante, le bien-être de leurs enfants et le désir de demeurer parents. À moins d’être obnubilés par de fortes émotions reliées à la rupture, les parents comprennent généralement que les enfants ont besoin de continuer de recevoir le soutien matériel et affectif de leur maman et de leur papa; d’être tenus hors de leur conflit; de mener une vie où il y aura un temps chez chacun. Par contre, ils oublient souvent ces besoins essentiels dans le feu des discussions et le médiateur devra souvent rappeler ces intérêts oubliés sans lesquels, un accord ne pourrait intervenir.



Une fois qu’ils auront pris conscience des intérêts communs qu’ils partagent encore et qu’il est légitime de combler, les parents pourront plus facilement accepter une logique de résolution de conflit basée sur la coopération et passer à l’étape suivante d’exprimer et d’entendre leurs besoins réciproques. Compte tenu de l’antagonisme grandement présent au moment de la séparation et de la forte tendance à s’opposer, le médiateur devra, pour rééquilibrer, constamment ramener les parties à l’importance de tenir compte de leurs intérêts communs.


 Linda Bérubé,

Travailleuse sociale, médiatrice, expert Meso.