Reconnaître ses différences, une étape essentielle

15 juin 2017, Nathalie Croteau

Reconnaître ses différences, une étape essentielle

Lorsque les parties sont en conflit, elles doivent traverser deux grandes étapes afin de mettre un terme à leur différend : la différentiation et l’intégration. Nous verrons que l’étape de la différentiation est une étape difficile mais nécessaire pour permettre de trouver une issue durable au conflit.



L’étape de la différentiation est souvent ardue car les différences entre les points de vue de parties semblent irréconciliables et sont associées à des émotions intenses. Cette combinaison d’hostilités et de positions irréconciliables peut entrainer des comportements destructeurs et une escalade du conflit.  Il n’est donc pas étonnant que les parties et parfois le médiateur craignent cette étape. Pourtant, cette étape de différentiation est nécessaire pour résoudre constructivement et durablement un différend.



Lors de cette première étape, les parties parlent du conflit, clarifient leurs positions. Elles comprennent les raisons derrière les positions et reconnaissent leurs différences. Elles réalisent que le cœur du conflit  reposent sur l’incompatibilité de leurs points de vue et non qu’il s’agit nécessairement de la faute de l’autre partie. Quand les parties clarifient les enjeux, le conflit est vu comme un obstacle extérieur qu’il faut travailler à surmonter. Le conflit n’est pas résolu pour autant mais il est moins personnalisé.



Cette étape de différentiation peut être assez chaotique. Certains médiateurs sont plus inconfortables avec les émotions fortes plus particulièrement les médiateurs qui sont directifs et qui souhaitent garder le contrôle sur le processus. Pourtant elle est incontournable si on veut permettre aux parties d’être plus allumées sur le problème, l’objet du différend, les différents points de vue et obtenir ainsi l’information nécessaire pour s’orienter.



Lorsque cette étape est franchie,  elles sont donc rendues à l’étape de l’intégration où elles s’attaquent au conflit pour y travailler et trouver une solution satisfaisante pour les deux.




Cette transition vers l’intégration est possible quand les parties amorcent la négociation et un travail plus coopératif. Pour ce faire, elles doivent être synchronisées. Ceci peut être tout un défi car il est fréquent qu’une partie soit prête à adopter cette attitude d’ouverture alors que l’autre est encore à vouloir se battre. La partie qui est prête à collaborer peut se heurter à la fermeture et donc elle doit poursuivre la conversation et de nouveau tenter de passer à un mode coopératif. Ceci entraine des mouvements d’aller et retour.



Le médiateur a un rôle important à jouer pour faciliter cette transition. Il doit être en mesure de reconnaitre les micromouvements d’ouverture et d’affirmations exprimés par les parties afin de les appuyer dans leurs efforts. Les techniques de communication comme le reflet et le résumé permettent aux parties de sentir qu’elles ont bien été entendues et ce sentiment rend possible un début d’ouverture à l’autre. La transition sera également facilitée quand les parties réaliseront qu’elles ne pourront rien obtenir de l’autre en les forçant à agir.  La motivation profonde qui habite les humains de sortir de leur conflit pour retrouver la paix agira également comme un puissant moteur favorisant le passage à l’étape de l’intégration.