Vivre mes propres conflits sans m'effacer et sans exploser pour mieux composer avec les tensions en médiation.

24 avril 2017, Linda Bérubé

Vivre mes propres conflits sans m'effacer et sans exploser  pour mieux composer avec les tensions en médiation.

J’aime l’harmonie et je suis excessivement sensible aux tensions générées par les disputes. La compétition pour un territoire ou un marché ou le choc des positions tranchées, créent chez-moi un inconfort; mon premier réflexe est d'éviter les conflits. Pour ne pas être une "cordonnière mal chaussée" je fais néanmoins mon possible pour régler mes différends de façon constructive, sans me réduire, sans m’effacer, ni exploser. J'estime que l'observation de mes ressentis face aux conflits et de la façon dont ils affectent mes réactions, est nécessaire pour bien jouer mon rôle de médiatrice.

 


Ma relation au conflit s'est modifiée, au fil du temps. Au départ, j'évitais les conflits, pour ne pas ressentir la tension que cela générait en moi. Plus tard, j'ai appris à gérer les conflits des autres en tant que médiatrice, mais lorsque les différends persistaient malgré mes efforts pour aider, je me sentais incompétente et impuissante. Pourquoi? J’ai compris que je cherchais à contrôler les situations pour éviter les tensions et parvenir à des ententes. Je prenais ainsi sur mes épaules le succès ou l’échec de l’intervention. Quelle prétention! J’étais tombée dans le piège du sauveur de penser que les participants à la médiation n'arriveront pas à s'entendre sans moi.

 


En tant que médiatrice, je ne peux amener les protagonistes plus loin que là où ils veulent aller, ce choix leur appartient et n’a rien à voir avec ma compétence. J'ai compris, avec le temps, que les tensions sont des moments nécessaires d’ajustements entre des protagonistes pour leur permettre de progresser vers un but commun, de prendre de nouvelles orientations ou de mettre un terme à leur relation. La confrontation sur des enjeux concrets, en médiation, contribue à clarifier les perspectives de chacun et à redéfinir la relation entre conjoints, associés, membres d'une équipe ou d'une entreprise.

 


Mon rôle de médiatrice est de créer cet espace où les protagonistes peuvent vivre leur conflit sans se sentir menacés. Pour cela, je dois pouvoir tolérer les tensions générées par le conflit sans perdre mes moyens, continuer de faire confiance aux personnes lorsqu’elles doutent de leurs propres capacités de s’entendre, intervenir avec calme en dépit de l'agitation, agir comme partenaire et non comme responsable de trouver les solutions.

 


Si je veux vraiment aider les autres à résoudre leurs conflits, je dois tenter de résoudre les miens sans m'effacer ou sans exploser. Dans ma vie personnelle ou en tant que médiatrice, je tente de gérer au mieux mes émotions et de demeurer entièrement présente dans l'arène malgré la tension que suscite chez-moi, le choc des croyances, des idées, des volontés et des désirs. Lorsque les protagonistes s'accusent, nient, évitent, se blâment ou se découragent, je peux ainsi continuer de tenir le cadre qui permet de poursuivre le dialogue sans lequel aucune transformation n'est possible.